L’incroyable saga de Niels Troost : du trader de pétrole à la radiation des sanctions UE
Niels Oscar Troost, négociant néerlandais de 52 ans installé à Genève depuis des décennies, a construit pendant près de trente ans une carrière discrète dans le pétrole russe. Spécialiste du brut ESPO (Eastern Siberia-Pacific Ocean) en provenance de Kozmino, il a fait de sa société Paramount Energy & Commodities SA (PECSA) un acteur majeur du marché, avec des clients principalement en Chine.
Février 2022 : l’invasion de l’Ukraine et le tournant critique
Dès l’invasion russe de l’Ukraine, la plupart des grands traders occidentaux (Trafigura, Vitol, Glencore…) se retirent progressivement. Troost, lui, suspend ses activités avant les sanctions et se retire de sa société dubaiote, vend ses parts dans le terminal Ruby à prix coutant.
Mai 2022 : la rencontre avec le « fake CIA »
C’est dans ce contexte qu’il fait la connaissance de Gaurav Kumar Srivastava (dit « G » ou « Chairman G »). Cet homme d’affaires indien se présente comme un agent undercover de la CIA dirigeant un programme secret de surveillance des flux pétroliers russes. Il promet à Troost une licence officieuse de l’OFAC (Trésor américain) et une protection totale de Washington en échange de 50 % des parts de Paramount pour une somme symbolique (57 000 dollars seulement).
Convaincu par les récits rocambolesques (photos avec Biden, Pelosi, généraux américains…), Troost bluffé accepte.
2023 : la rupture et la campagne de diffamation
L’entente tourne au cauchemar. Des prêts suspects (51 millions de dollars à une société indonésienne liée à un ministre) et l’achat par Srivastava d’un manoir californien de 24,5 millions de dollars alertent les équipes de Paramount. Une enquête interne (menée notamment par son assistante et un détective privé) révèle que Srivastava n’est ni américain, ni lié à la CIA, et se trouve mis en cause dans différentes affaires.
Troost rompt brutalement en mai 2023. Immédiatement après commence une violente campagne de « black PR » : fuites de documents confidentiels, attaques en ligne contre lui et sa famille (épouse et enfants), menaces (y compris un appel depuis un numéro iranien). Troost accuse publiquement Srivastava d’avoir orchestré cette opération de salissage.
2024 : les sanctions tombent
• Novembre 2023 / février 2024 : le Royaume-Uni sanctionne d’abord la filiale Dubaï, puis Troost personnellement et Paramount SA pour « facilitation du commerce de pétrole russe au-dessus du price cap ».
• Décembre 2024 : l’Union européenne ajoute Niels Troost à sa liste noire (le seul citoyen européen sanctionné pour ce motif). La Suisse suit. Actifs gelés, comptes bancaires bloqués, société mise en liquidation en mars 2024. Son fils doit même quitter son université britannique.
Troost a toujours affirmé que les accusations reposaient sur des articles de presse (FT, WSJ, Public Eye) et non sur des preuves concrètes, et qu’il avait cessé tout commerce russe dès septembre 2022.
La reconversion humanitaire et le combat judiciaire
Face à l’effondrement de son empire pétrolier, Troost pivote radicalement. Il s’engage dans le transport de céréales ukrainiennes (ports d’Odessa et Izmail) et investit en Afrique (notamment Angola) dans des projets agricoles et de sécurité alimentaire.
La chaîne YouTube CitizenKane l’a largement mis en avant comme un « héros du grain » ayant contribué à l’exportation de blé ukrainien et à la lutte contre la famine en Afrique, présentant ces activités comme une véritable mission philanthropique.
Parallèlement, Troost lance aux États-Unis une plainte RICO (racketeering et corruption organisée) contre Srivastava, l’accusant d’avoir monté une arnaque sophistiquée pour lui extorquer sa société (estimée à 350 millions de dollars). Il attaque également des cabinets d’intelligence pour diffamation.
14 mars 2026 : la délivrance européenne
Aujourd’hui, le Conseil de l’UE (les 27) renouvelle les sanctions contre la Russie pour six mois… mais retire Niels Troost de la liste (ainsi que Maya Bolotova). Les diplomates et le service juridique européen considéraient depuis longtemps le dossier « légalement faible ». Les sanctions britanniques restent toutefois actives.
Épilogue
Comme l’ont parfaitement résumé Slice42, CitizenKane, Transitions et Energies, le Diplomate dans leurs enquêtes détaillées, l’histoire de Niels Troost est celle d’un magnat du pétrole victime d’une arnaque particulièrement élaborée dans un environnement géopolitique impitoyable. Elle illustre les zones grises du trading de matières premières en temps de guerre, les limites des sanctions internationales et les dangers des intermédiaires douteux.
Synthèse
Niels Oscar Troost est un trader néerlandais de 52 ans basé à Genève, spécialisé depuis près de 30 ans dans le pétrole russe (notamment le brut ESPO de Kozmino via sa société Paramount Energy & Commodities SA).
Chronologie clé :
• 2022 : après l’invasion de l’Ukraine, il rencontre Gaurav Kumar Srivastava (alias « G »), qui se présente comme agent undercover de la CIA et lui promet une protection OFAC en échange de 50 % de sa société. Troost accepte.
• 2023 : il découvre la supercherie (Srivastava n’est ni américain ni lié à la CIA). Il rompt brutalement. S’ensuit une violente campagne de black PR contre lui et sa famille.
• 2024 : le Royaume-Uni sanctionne d’abord sa filiale de Dubaï, puis Troost personnellement (décembre 2024). L’UE le blacklist à son tour – il est le seul citoyen européen sanctionné pour avoir vendu du pétrole russe au-dessus du price cap. Sa société est liquidée en mars 2024.
Reconversion :
Il pivote complètement vers le transport de céréales ukrainiennes (ports d’Odessa et Izmail) et des projets agricoles/sécurité alimentaire en Afrique (notamment Angola). La chaîne YouTube CitizenKane le met en avant comme contributeur majeur à la lutte contre la famine. Transitions & Energies décrit l’affaire comme un mélange d’« arnaque particulièrement élaborée » et de « naïveté » dans un contexte géopolitique impitoyable.
Aujourd’hui (14 mars 2026) :
L’Union européenne renouvelle ses sanctions contre la Russie pour six mois… mais retire Niels Troost de la liste (ainsi que Maya Bolotova), considérant le dossier « légalement faible ». Les sanctions britanniques restent actives. Troost poursuit toujours Srivastava aux États-Unis via une plainte RICO pour racketeering et extorsion.
Sources principales : Transitions & Energies, CitizenKane, Le Diplomate, Reuter
https://lediplomate.media/trahisons-sanctions-et-renaissance-lincroyable-destin-de-niels-troost
https://lediplomate.media/trahisons-sanctions-et-renaissance-lincroyable-destin-de-niels-troost
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